PEUT-ON TOUT TRANSFORMER ?
- Carole Aubourg
- 16 juin
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
article 1.
La transformation est au cœur de nombreuses traditions philosophiques, spirituelles et artistiques. Depuis des siècles, les êtres humains cherchent à comprendre comment les épreuves, les blessures ou les souvenirs peuvent évoluer et prendre un autre sens.
Peut-on vraiment tout transformer ? La douleur, les pertes, les abominations, les traces du passé ?
La question reste ouverte, mais l'art nous offre peut-être une piste de réponse.
Que veut dire "transformer" ?
Le Dictionnaire Larousse donne cette définition: "Rendre quelque chose différent, le faire changer de forme."
Transformer ne veut donc pas dire effacer...
Une cicatrice ne disparaît pas parce qu'elle est tolérée, acceptée. Un souvenir douloureux ne cesse pas d'exister parce qu'il est compris. Pourtant, quelque chose peut changer dans notre relation à ces expériences. Elles peuvent devenir matière à réflexion, à création, parfois même à beauté, aussi surprenant que ça puisse l'être!
L'histoire de l'art est traversée par cette idée de métamorphose.
L'artiste plasticien Anselm Kiefer a construit une œuvre monumentale à partir des ruines de l'histoire, de la mémoire collective et des traumatismes du XXe siècle. Ses matériaux – plomb, cendre, paille, terre – portent déjà en eux les traces du temps. Son travail ne cherche pas à nier les blessures de l'histoire, mais à les transformer en réflexion et en mémoire vivante.
Que dire aussi du travail de Niki de St Phalle, violée par son père à l'âge de 11 ans et qui sa vie durant a créé à partir notamment de cet évènement traumatisant. Elle est connue pour ses"Nanas", joyeuses femmes colorées mais elle a aussi exercé son art sous d'autres formes: painting, tirs à la carabine, jardin des Tarots en Toscane, mariées immenses, performances en tout genre.
Cette démarche de transformation trouve aussi un écho chez la sculptrice Louise Bourgeois. À travers ses œuvres, elle a souvent exploré les peurs, les souvenirs d'enfance et les relations familiales. Pour elle, la création constituait une manière de donner forme à ce qui demeurait invisible ou indicible.
La transformation est également présente dans la pensée du psychologue Carl Gustav Jung, qui utilisait l'image alchimique de la transmutation. L'alchimie ne consistait pas seulement à transformer le plomb en or ; elle symbolisait aussi la transformation intérieure de l'être humain. Ce qui paraît lourd, obscur ou douloureux peut devenir source de conscience et d'évolution.
Dans mon propre travail artistique, cette question de la transformation est essentielle et omniprésente. Les collages de papiers anciens, les écritures, les traces et les figures féminines témoignent de mémoires visibles ou invisibles. Je m'intéresse à ce qui demeure après les événements, aux empreintes laissées dans le corps, le cœur et l'âme. L'art devient alors un espace où ces fragments du passé peuvent être accueillis, interrogés et transformés.
Peut-on tout transformer ? Sans doute pas, sans doute pas tout... et pas toujours. Certaines blessures restent ouvertes, certains mystères demeurent. Mais l'Art nous rappelle que même les traces les plus douloureuses peuvent devenir une source de sens. Il nous invite à regarder autrement ce que nous portons en nous.
Peut-être que transformer, finalement, ce n'est pas effacer la boue. C'est apprendre à y découvrir l'or qu'elle contient déjà.




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